13 avril 2006
Saint Matthieu et l'ange
La chapelle Contarelli a été inaugurée en présence des plus hauts dignitaires de Rome. Mes deux tableaux étaient disposés de part et d'autre de l'autel. Ils firent l'admiration de tous. Le surintendant des musées du Vatican fit longuement l'éloge du "luminisme et ténébrisme". Personne n'a remarqué le désir du martyre pour son bourreau. On me commanda un Matthieu et l'ange pour le fond de l'autel.
C'est le Cavaliere d'Arpino, un incapable qui profitait du travail de ses apprentis (dont je faisais partie à mon arrivée à Rome) qui, à l'origine, devait peindre le fond de l'autel. Il était l'auteur des fresques du plafond, d'une platitude déconcertante. C'est donc avec un grand bonheur que j'acceptais cette commande qui me fut payée 100 écus. J'avais carte blanche et comptais bien en profiter.
Saint Matthieu a été incarné par un mendiant aveugle qui était venu frapper à ma porte demander l'aumone.
Pour l'ange, je ne voulais pas d'un jeune éphèbe comme les aimaient les Grecs, ni d'un corps athlétique si cher à Michel Ange.
Mon choix se porta sur Gregorio, un jeune voyou de 15 ans qui était venu se réfugier chez nous pour échapper à la police. Mario, fou de jalousie, était parti, menaçant de le dénoncer. J'avais hâte de terminer le tableau pour prendre Gregorio dans mes bras, et passer avec lui une folle nuit.
Il refusa: j'étais trop vieux! J'avais le double de son âge.
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