Le blog de Caravage

Michelangelo Merisi, dit Le Caravage, ou Caravaggio. ATTENTION: certains articles peuvent choquer. Les artistes sont aussi des êtres humains, avec une vie, des sentiments, des faiblesses, qui transparaissent dans leurs oeuvres.

25 avril 2006

La flagellation du Christ

L'un des fondateurs du Mont de Piété m'a commandé une flagellation du Christ pour la chapelle qu'il venait d'acheter.

flag_grtJe me suis demandé ce qu'il pouvait bien se passer dans la tête du Christ et de ses bourreaux durant cet épisode.

Les bourreaux, des brutes épaisses, qui jouissent de la souffrance du corps qui leur est confié. Le Christ, un être qui accepte la souffrance, qui la réclame même.

Des bourreaux frustrés de ne pas entendre de plaintes, de cris de douleur. Le Christ, un être qui jouit des coups qu'il reçois, et qui en demande toujours plus, prouvant ainsi qu'il est bien le fils de Dieu.

La lumière qui tombe sur le corps nu du Christ, comme une caresse.

Lors de la première présentation au public, devant la tête que faisaient les prélats présents, j'ai eu bien peur d'avoir à subir un nouveau procès. J'avais oublié que nous étions loin de Rome et du Vatican.

A Naples, le religieux et le profane font bon ménage.

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29 avril 2006

Malte

Gregorio avait été surpris plusieurs fois à discuter avec des individus qui ressemblaient fortement à des agents des Borghese. Il a même été vu en train de se faire remettre de l'argent. Ce que je craignais, c'était qu'ils intriguent pour me voler mes tableaux, et me faire chanter pour que je peigne gratuitement.

Le prince Colonna me conseilla de quitter Naples. Justement, l'amiral de la famille devait venir, puis repartir en direction de Malte. Je pourrai partir avec lui et me mettre sous la protection du Grand Maître de l'Ordre, qu'il connaissait bien, et auprès duquel il me recommandera. Il y avait justement beaucoup de bâtiments à décorer là-bas. Si je me débrouillais bien, je pourrais même être nommé Chevalier, et rentrer à Rome avec tous les honneurs. J'acceptais. Cette solution, en outre, me permettait de me débarrasser de Gregorio.

wignancourt

Le Grand Maître me fit un long discours pour m'expliquer qu'il lui était difficile de m'accepter au sein de son Ordre, que celà lui demandait des sacrifices, et qu'il fallait que j'en fasse moi aussi. Bien qu'il eu la délicatesse de ne pas aborder le sujet, je crois que c'est ma roture qui lui posait problème. En gros, il me demandait de le peindre gratuitement.

J'acceptais, par obligation. A l'heure et au lieu convenu, il arriva accompagné de son page, un joli garçon de 15 ou 16 ans prénommé Alessandro. C'était un Costa, grande famille de Gênes. Le Grand Maître exigea que je les peigne tous les deux. Pendant les séances de pose, Alessandro n'arrêtait pas de me faire des sourires, des clins d'oeil. Son attitude me troublait. Il était beau, son attitude m'excitait, mais je voulais faire mon travail sérieusement, même s'il n'était pas payé. Je voulais être accepté et pouvoir rentrer à Rome.

Le tableau terminé, je me suis aperçu que j'y avais commis des erreurs. Le bras gauche du Grand Maître n'a pas la torsion qui correspond à la position de la main. Le page a les pieds à la même hauteur que ceux de son Maître, alors que son corps se trouve plus en avant. Mais, surtout, c'est le page qui est dans la lumière, pas le Maître.

Je craignais le pire, mais le Grand Maître fut enchanté de mon travail. Ceci, ajouté au fait d'avoir posé avec son page à côté de lui, et non derrière, l'accoutrement dudit page, qui n'était pas vraiment celui qu'on s'attend à trouver dans un ordre militaire, le fait qu'il l'appelle Alofino et non Alessandro, tout celà me fit avoir des doutes sur la nature de leur relation.

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30 avril 2006

La décollation de Saint Jean Baptiste

Pour l'oratoire de la cathédrale Saint Jean, protecteur de l'Ordre, je devais peindre un tableau représentant la décollation de Saint Jean Baptiste. Peindre un meurtre, celà me convenait...

stjean

... Sauf qu'il me rappela celui de mon père, assassiné lui aussi. J'avais eu pour consigne de bien montrer que Saint Jean avait été terminé au couteau, l'épée n'ayant pas complètement séparé la tête du corps.

Mon père aussi avait été "terminé" au couteau. Ce travail me faisait revivre l'horreur. Heureusement, Alessandro venait me voir parfois. Il restait là, tout près de moi, ou assis entre mes jambes. Sa jeunesse, son espièglerie, son sourire, me faisaient du bien.

Le Grand Maître fut enchanté de mon travail. Il fut surtout ravi de se reconnaître dans le personnage du géolier qui, tel Saint Pierre, porte trois clés.

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L'amour endormi

Le Grand Maître me demanda de peindre un bébé. Ce n'était pas pour célébrer le miracle de la naissance, non, c'était pour dégoûter les Chevaliers de l'Ordre d'en concevoir. Le bébé devait être laid, très laid. Repoussant. J'ai trouvé le modèle à la morgue.

sleepingcupid

J'avais réussi mon examen de passage et je fus accepté comme Chevalier de l'Ordre de Malte. La croix me fut remise au cours d'une cérémonie durant laquelle j'avais eu beaucoup de mal à garder mon sérieux, Alessandro, en face de moi, n'arrêtant pas de me faire des grimaces.

De retour dans ma chambre, je me suis planté devant la glace pour admirer l'effet de cette croix sur ma poitrine. Je me suis déshabillé pour sentir son contact sur ma peau, et c'est là que je vis ce qui m'était sorti de la tête: près de la croix se trouvait la fleur de chardon. Je ne savais plus duquel de ces deux symboles j'étais le plus fier.

La colère me prit. Que n'avais-je pas dû faire pour l'obtenir cette croix! Moi, Michelangelo Merisi, dit Le Caravage, j'avais obéi. Je m'étais soumis. J'étais rentré dans le rang. Je m'étais occupé de ma carrière. Tout ce que je détestais. En plus, j'avais fait voeu de chasteté!

Il fallait que je me venge, que je leur montre à qui ils avaient à faire. Il fallait que je leur fasse un sale coup. J'ai trouvé ce qui pouvait le plus atteindre le Grand Maître: enlever Alessandro.

Nous nous sommes cachés dans un hôtel. Nous restions dans la chambre, sans sortir, à faire l'amour. Au bout de trois jours, des sbires du Grand Maître ont défoncé la porte et m'ont enchaîné. Condamné à mort, j'étais conduit à la prison de Sant' Angelo et jeté au fond d'un puits.

J'y étais depuis une dizaine de jours lorsqu'arriva un individu cagoulé qui m'en fit sortir, et qui me mena à travers de longs couloirs jusque sur un bateau. A sa voix, j'ai bien reconnu l'amiral Colonna.

Le bateau prit la direction de la Sicile.

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L'enterrement de Sainte Lucie

Arrivé à Syracuse, je suis tout de suite allé chez Mario. Le Grand Maître devait être dans une fureur noire, et me rechercher partout dans le monde. Il devait avoir des espions ici aussi. je devais être prudent.

lucie

Mario était marié et avait deux enfants. Il m'installa dans une chambre qui était la copie exacte de celle que nous occupions à Rome. Il était heureux de me revoir. Notre complicité était grande. Nous passions notre temps à peindre dans le sous-sol de sa maison. Il m'avait fait avoir une commande pour une chapelle: L'enterrement de Sainte Lucie.

Bien que parfois ce ne fut pas loin d'arriver, nous n'avons pas eu de relations physiques. Mario s'arrangeait pour qu'il y ait toujours un de ses enfants ou sa femme avec nous. Nous étions bien ensemble. Il me prodiguait des soins attentifs lorsque j'avais des accès de fièvre (j'avais attrapé la malaria à Rome).

Il recommençait à m'enfermer dans la douce chaleur du foyer, et celà ne me convenait pas du tout. Je sais qu'il faisait celà par amour, mais ce n'était pas ce que je cherchais.

Je le lui ai dit.

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01 mai 2006

La résurrection de Lazare.

Les chevaliers de Malte avaient débarqué à Syracuse sous le prétexte d'offrir au peuple de beaux spectacles. Ils étaient munis d'un document qui les autorisaient à perquisitionner toutes les maisons, ils étaient à la recherche d'un grand criminel. Bien sûr, nulle part n'était mentionné que le crime en question était l'enlèvement et la débauche du favori du Grand Maître.

michelangelo_caravaggio_006

Mario me cacha dans un souterrain secret dont l'entrée se trouvait dans la cave de sa maison. En fait, il s'agissait des anciens bains sacrés de la communauté juive. Après une dizaine de jours, il acheta un bateau et il abandonna femme et enfants pour m'accompagner à Messine où il pouvait me cacher chez un de ses amis, et où il m'avait même trouvé une commande: La résurrection de Lazare.

Mais les chevaliers de Malte ne tardèrent pas à pointer leur nez. A nouveau, nous devions fuir.

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La nativité

michelangelo_caravaggio_035Nous partions donc pour Palerme, dans un monastère Franciscain. Ils me demandèrent un Nativité. C'est mon tableau le plus conventionnel.

Mais les chevaliers s'approchaient. Encore une fois il fallait partir.

Destination: Naples, chez mes protecteurs de toujours, les Colonna.

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Naples, encore

Je retrouvais ma chambre telle que je l'avais laissée, à l'exception de mes accessoires que Gregorio avait vendus, Gregorio qui ne tarda pas à me retrouver. Il s'excusa platement auprès de Mario. Pour se racheter, il me demanda de venir rencontrer des envoyés de mon plus grand admirateur : le cardinal Borghese. Ce que je fis, accompagné de Mario.

caravaggio7

Je devais peindre un Saint Jean Baptiste jeune. Ma toile me sera payée, mais je devrait aller en chercher le prix à Rome. D'ici là, mon amnistie serait signée. Était-ce un piège? je n'avais confiance ni en Gregorio ni en Borghese. Mais j'acceptais.

Les querelles recommencèrent. Mario avait vieilli, Gregorio avait gardé l'éclat de sa jeunesse. Mon modèle serait donc Gregorio. Les séances de pose se passèrent chez lui. Parfois, il écartait le drap et m'exhibait son sexe en pleine érection. Bien sûr, ce qui devait arriver arriva. Mario s'en doutait, au vu de ma mine réjouie lorsque je revenais, mais il ne m'en parlait pas. Il y avait beaucoup d'amour entre Mario et moi, mais pas de relations sexuelles.

Pour la livraison, j'avais rendez-vous dans un bar. Ce n'étaient pas les sbires de Borghese qui m'attendaient, mais ceux du Grand Maître. Le scénario défila dans ma tête. Borghese me commande une toile par l'intermédiaire de Gregorio, lequel, lorsqu'elle est terminée, me dénonce. Me faisant tuer par les chevaliers, il pouvait s'approprier la toile et la remettre à Borghese en échange du salaire de sa trahison.

Animé de l'énergie de la fureur, j'ai dégainé mon épée et me suis battu. J'ai réussi à m'échapper, une profonde balafre en travers de la joue.

Nous ne pouvions rester à Naples. Le Prince nous proposa de partir pour Rome où il avait tout arrangé. Celà me coûterai deux tableaux. J'avais mon David. Le saint Jean était resté chez Gregorio. Mario se proposa pour aller le chercher.

Gregorio a accepté, à la condition de partir avec nous.

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La fin

Le Prince mit un bateau avec équipage à notre disposition. Mario gardait jalousement le David, Gregorio le Saint Jean.

Nous avons accosté dans une petite crique au nord de Rome. Le capitaine avait eu pour consigne de nous remettre aux mains des envoyés du Pape, en échange de mon amnistie.

Nous attendions, allongés sur le sable. La Malaria me torturait. Mario restait près de moi. Gregorio s'était acoquiné avec le second du Capitaine, lequel capitaine était parti en ville pour la nuit.

Profitant de l'assoupissement de Mario, Gregorio s'est précipité pour voler le David. Une violente bagarre les opposa. Gregorio réussit à voler le tableau et à partir en compagnie de son nouvel amant sur le bateau qu'ils ancrèrent loin du rivage, en attendant le Capitaine. Ils n'avaient pas vu au loin une voile portant la croix de l'Ordre de Malte et qui se dirigeait vers eux.

Terrassé par la fièvre je n'ai rien pu faire, rien dire. Mario était agenouillé à coté de moi, son poignard encore à la main. Je n'ai eu la force que de lui dire: "Vas-y, c'est le moment. Je veux que ce soit ici, maintenant, et de ta main".

Mario commit son dernier acte d'amour en plongeant le couteau dans ma poitrine, sous les moqueries de Gregorio. Mais que serait la Passion du Christ sans les quolibets des soldats?

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Salome et la tête de Saint Jean Baptiste

Posté par persee à 12:46 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Merci...

Merci Michelangelo pour ta vie et ton oeuvre. Nous ne t'oublierons pas de si tôt. Merci Dominique Fernandez de nous l'avoir fait connaître. Aujoud'hui encore, le Palais Borghese expose la grande et merveilleuse collection du neveu du Pape.

Pour terminer, je voudrais protester contre certains photographes. Caravage est mort depuis fort longtemps, et ses oeuvres sont tombées dans le domaine public. Elles peuvent donc être reproduites et distribuées gratuitement.

Je comprends qu'un photographe qui met en scène une photo, choisit l'angle de prise de vue, règle la lumière etc... produise une oeuvre d'art et y mette un copyright.

Mais lorsqu'il ne fait que photographier un tableau, de face, simplement pour en faire une reproduction fidèle, ce n'est pas un travail d'artiste, mais d'artisan. La création artistique est dans le tableau, pas dans la photo du tableau. Alors, de quel droit en interdit-il la reproduction? Eh bien, il y en a qui le font!

N'ont-ils pas l'impression de voler l'oeuvre de l'artiste, de la reprendre à leur compte? Sont-ils les réincarnations de Gregorio?

Persee

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Le dentiste

Posté par persee à 12:50 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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